{ Brin de sagesse }
PAROLES ET MUSIQUE : Jian Ghomeshi
Diplômé en histoire et en sciences politiques, Jian Ghomeshi est devenu musicien à temps complet lorsque la cassette lancée de manière indépendante par le groupe folk rock Moxy Früvous a fait un tabac inespéré. Excellente idée car, un an plus tard, il jouait en première partie d’un spectacle de Bob Dylan.
Il est ensuite devenu tour à tour éditorialiste, hôte d’une émission culturelle à la télévision, puis hôte de la célèbre émission culturelle « Q », qui est diffusée en semaine chaque matin à la première chaîne de CBC Radio. Il est également impresario d’une étoile montante, la chanteuse compositrice Lights (Valerie Poxleitner).
« J’ai toujours été un peu éparpillé », avoue le musicien de 42 ans, « et cela m’a longtemps affecté. » Toutefois, celui qui se voyait comme un « Jack of all trades » est en fait un touche-à -tout de génie, ce qui lui a permis de réaliser des prodiges. « J’ai l’empathie d’un artiste, la formation d’un politicologue et mes connaissances artistiques ne sont pas trop mauvaises. »
Les nombreux dédoublements de Ghomeshi ne touchent pas que sa carrière. « Mes parents sont Iraniens, je suis né à Londres et j’ai grandi au Canada. Mes parents sont musulmans, mais j’ai grandi à l’ombre d’une synagogue dans un pays chrétien. Mes parents parlent anglais avec l’accent du Moyen-Orient et je parle Farsi avec un accent américain. Suis-je Persan ou Personne? C’est parfois difficile à dire. » Son point de vue d’étranger lui est cependant devenu un atout. « Je crois bien comprendre ce qu’il signifie d’être originaire des quatre coins du monde, et cela me permet d’être mieux connecté avec les immigrants de ce pays, qu’ils viennent d’Iran ou d’ailleurs. »
Q fait elle aussi preuve de polyvalence. C’est une émission multimédia branchée (on peut l’entendre à la radio, en baladodiffusion et sur YouTube) qui, dans un univers ritalin obsédé par les vedettes, s’articule malgré tout autour d’entrevues en profondeur et bien structurées, la plupart du temps avec des artistes peu connus. Il y a parfois des exceptions, comme la fois où Billy Bob Thornton, cet acteur de cinéma devenu musicien, était montré exécrable tout au long de l’entrevue, insultant tour à tour son hôte et la population canadienne. Ghomeshi était malgré tout demeuré imperturbable, aimable, curieux de savoir ce qui troublait l’artiste. « Je n’ai jamais rien dit de négatif à son propos. Comme je ne l’ai rencontré qu’une seule fois, il me serait difficile de dire du mal de lui, même si lui ne se gêne pas d’en dire de moi. »
C’est la personnalité de son animateur – décontracté, curieux, non belliqueux – qui assure le succès de l’émission Q, qui rejoint chaque semaine un million et demi d’auditeurs. Le Canada anglais a peut-être trouvé en lui un nouveau Peter Gzowski. En tenue plus soignée, d’ailleurs, car Jian Ghomeshi est non seulement amateur de beaux vêtements, mais aussi de magasinage. « Quand ça ne va pas, avoue-t-il, je me console en m’achetant des vêtements. »
« Je n’ai pas vraiment besoin de porter un complet à la radio, mais j’aime soigner mon apparence et je ne déteste pas de temps à autre un peu de décorum, ajoute-t-il. J’aime bien porter le genre de vêtements dans lesquels vous m’avez photographié : un jean, un veston, une écharpe, rien de compliqué, mais de belle coupe, dans un beau tissu, des ensembles classiques intemporels. »
Afin de remercier M. Ghomeshi d’apparaître dans nos pages, Harry Rosen versera en son nom un don au Canadian Centre for Victims of Torture.