[ Login ]
Il est trois heures du matin et Lance Mackey reprend son souffle dans une chaise pliante de camping. Ses mains sont écorchées, sa voix rauque, sa peau rougie par le froid intense. Il fait -30 °C, ce qui n’est tout compte fait pas si mal pour ce point de contrôle perdu au bord d’un affluent du fleuve Yukon, où les températures dépassent rarement -40 °C.
Nous sommes au cinquième jour de la Yukon Quest, redoutable course de traîneaux à chiens qui, chaque année, parcourt les 1 600 km de sentiers, vestiges de l’époque de la ruée vers l’or, qui relient Fairbanks, en Alaska, à hitehorse, au Yukon. Lance est à un peu plus de la moitié de la première des deux courses de 1 600 km qu’il affrontera en moins d’un mois. Il y a quelques années à peine, participer la même année à la célèbre course Iditarod et à la Yukon Quest, moins connue mais beaucoup plus difficile, était un exploit rarissime, jusqu’à ce que Lance, révolutionnant le sport des courses de traîneaux, non seulement participe à ces deux courses la même année, mais en ressorte vainqueur… deux ans d’affilée.
Cette nuit, toutefois, comme ces victoires lui semblent lointaines! Il vient tout juste de courir dix heures en ligne dans la nuit polaire de ce désert arctique du Yukon. C’est long, dix heures, lorsqu’on doit pratiquement porter à bout de bras ce satané traîneau pour gravir les 1 230 mètres du King Solomon’s Dome. Derrière son attelage, il a fait des pieds et des mains pour stabiliser les 125 kilos de son lourd cométique le long de chemins miniers pourris, de virages en épingles, de ruisseaux glacés et d’innombrables obstacles mais, surtout, il a pris un soin jaloux de son attelage, le poussant à se surpasser, entraîneur attentif de ces 13 extraordinaires athlètes canins. Il n’avait ainsi pas trop eu le temps de se pencher sur ses propres inconforts.
À cette étape de la course, Lance ne se sent plus les doigts, dont les nerfs ont été ravagés par la radiothérapie qu’il a dû récemment subir pour combattre un cancer de la gorge. Cela fait plusieurs jours qu’ils sont engourdis, mais il doit les forcer à conserver leur extérité afin de s’acquitter, malgré le froid mordant, des manoeuvres de la course et de l’entretien de ses chiens. Il doit aussi se battre pour mpêcher son eau de geler, car il doit constamment se désaltérer, du fait que le cancer a rendu ses glandes salivaires hors d’état de fonctionner. Comme la chimiothérapie a également attaqué les cartilages de l’un de ses genoux, il doit sans cesse combattre la douleur que lui occasionne le frottement de ses os et le froid mordant. Tout cela s’ajoute aux dangers habituels qui guettent les participants des courses de longue distance – manque de sommeil, épuisement, déshydratation, hallucinations, blessures, engelures – si bien qu’on se demande ce qui pousse un homme comme Lance à choisir ce genre d’occupation.
La vie ne fait pas de cadeaux aux meneurs de chiens qui pratiquent des courses de longue distance, comme l’a reconnu le magazine Sports Illustrated en classant Lance, en 2008, au rang des « athlètes les plus résistants au monde ». Non seulement la course et l’entraînement sont-ils atroces, mais le coût astronomique et les efforts nécessaires à la création et à l’entretien tout au long de l’année d’un attelage de classe mondiale ont vite fait de drainer les fonds et l’énergie d’un meneur.
Lance est tout le contraire d’une mauviette. Enfant, à Coldfoot, en Alaska, au nord du cercle arctique, il accompagnait son père, le légendaire meneur Dick Mackey, dans ses épuisantes courses d’entraînement le long d’invraisemblables sentiers. Lorsqu’il commença à voler de ses propres ailes, il dut se résoudre à vivre au jour le jour pour élever sa famille à partir de son salaire de pêcheur saisonnier dans les eaux périlleuses de la côte alaskienne, alors que son épouse Tonya devait porter l’uniforme du plombier, de l’électricien et du charpentier afin d’éviter que leur modeste demeure ne tombe trop vite en ruines.
En dépit de tout cela, on ne peut s’empêcher de constater que Lance a toujours l’air de s’amuser, tout comme ses chiens, d’ailleurs. Même après avoir couru dix heures, ils arrivent tout joyeux au point de contrôle, ne demandant pas mieux que de continuer. Lance et ses chiens brûlent l’un pour l’autre et pour la course d’un amour véritable.
J’ai couru à plusieurs reprises dans les traces de Lance. Évidemment, je ne le vois que sur la ligne du départ. Lorsque j’ai la chance de partir avant lui, j’attends avec impatience le moment où son attelage talonnera le mien. Je n’ai même pas besoin de me retourner, car sa présence – cette rumeur de puissance qui dévale la piste – est palpable avant même qu’il n’apparaisse. Il arrive comme une vague qui vient s’abattre sur moi. D’abord cette indéfinissable présence, puis le bruit de la meute qui s’approche puissamment. J’arrête mes chiens pour admirer la beauté de son attelage qui file avec la souplesse du vent. Lance passe alors comme une étoile filante, le sourire aux lèvres, et me salue d’un geste de la main. Quel sportif! C’est chaque fois la même chose : je demeure bouche bée devant ce phénomène.
Le parka de série spéciale Lance Mackey de Canada Goose est offert à tous les magasins Harry Rosen jusqu’à épuisement du stock.