[ Login ]

adcampaign

LA NOUVELLE CONFIANCE : Jeff Rubin

Après y avoir occupé le poste d’économiste en chef durant près de 20 ans, Jeff Rubin a quitté la CIBC Marchés mondiaux en 2009 pour lancer son livre « Demain un tout petit monde : comment le pétrole entraînera la fin de la mondialisation » dont la version originale anglaise est devenue l’an dernier l’ouvrage documentaire relié le plus vendu au Canada. par Robert Hercz

Il ne mâche pas ses mots (Rubin affirme que c’est le pétrole à 145 $ le baril et non les prêts aux emprunteurs à haut risque qui a causé la récession) et cela lui vaut des éloges. Au cours des ans, ses opinions à contre-courant sur l’immobilier, le dollar canadien et surtout sur le prix du pétrole se sont curieusement révélées justes.

Jeff_Rubin.jpg

Votre livre traite de la fin de l’approvisionnement du pétrole à prix abordable et de ses conséquences. Quel en est le principal message ?
Nous verrons probablement apparaître des prix du pétrole à trois chiffres au cours des trois ou quatre prochains mois. Il nous faudra nécessairement réorienter notre économie de manière à brûler moins de carburant. La façon d’y arriver consiste à passer d’une économie mondiale à une économie plus régionale et locale, car l’économie mondiale s’avère très énergivore. Peu importe le moyen de transport utilisé – avion, navire, camion ou train – il brûle du pétrole.

Cela signifie-t-il que la vie va bientôt devenir plus difficile ?
Nous ne mangerons plus de bleuets frais en février, nous n’importerons plus d’acier de Chine et nous n’irons probablement plus en vacances au Machu Picchu. Mais il y aura plus d’emplois à Hamilton, on assistera à une revitalisation de notre secteur de l’agriculture et nous partirons deux semaines en expédition de canot-camping au parc Algonquin. Il y a plusieurs
bons côtés dans ce monde.

Comment nous y préparer ?
Il importe de faire de bons choix. Renflouer les banques d’affaires et les fabricants automobiles qui font face à l’obsolescence n’est pas une solution. Investir des milliards de dollars dans le transport en commun en est une.

Pourquoi devrions-nous laisser s’effondrer les constructeurs automobiles ?
De toute façon, ils vont s’écrouler. Du moins, ici. L’an dernier, pour la première fois depuis la période de l’après-guerre, le nombre d’automobilistes a diminué de quatre millions en Amérique. Je prédis qu’au cours des dix ans à venir, on verra de 40 à 50 millions de conducteurs américains prendre la voie de sortie. Le Canada et les États-Unis possèdent le double des usines automobiles que le marché peut soutenir. Est-ce dans ce genre de perspective que le contribuable devrait investir ?

Pendant que les voitures disparaîtront, la diminution de la demande d’essence ne tiendra-t-elle pas la hausse du prix du pétrole en échec ?
Malheureusement, pour chaque conducteur qui abandonne l’automobile en Amérique du Nord, il y a dix personnes qui attendent de prendre le volant au Brésil, en Inde, en Chine et en Russie.

Les sables bitumineux de l’Alberta font-ils partie de la solution ou du problème ?
Les sables pétrolifères ne me posent pas de problème. Mais j’en ai un avec le fait qu’un baril de pétrole synthétique pollue 1 136 litres d’eau douce et brûle 31 mètres cubes de gaz naturel. Il y a une solution très simple : il suffit d’attribuer un prix à l’eau et aux émissions de carbone. Je crois au mécanisme des prix. Suncor et Syncrude ne se soucieront pas de la quantité de carbone qu’elles émettent ou de la quantité d’eau qu’elles polluent tant qu’elles n’auront pas à les payer.

Les programmes d’énergie verte auront-ils des effets favorables ?
Ce n’est pas demain la veille. À 19 ¢ le kilowattheure, le vent peut allumer la lumière. À 40 ¢ le kilowattheure, le soleil peut allumer la lumière. Mais à ces prix-là, combien de temps pouvons-nous nous permettre de laisser la lumière allumée ? L’important, ce n’est pas l’apport en électricité que l’énergie verte fournira au réseau, c’est plutôt la réduction de la demande d’électricité que ces programmes entraîneront.

Le prix du baril de pétrole ayant franchi la barre des 145 $ avant la récession, y a-t-il encore des gens qui doutent de votre message ?
Beaucoup de gens. Mais dans trois mois, il n’y en aura plus – juste à temps pour la sortie de mon livre en édition de poche.

Pour remercier Monsieur Rubin de sa participation à cette publicité, un don a été fait en son nom à Alzheimer Society of Canada. Il porte ici des vêtements Canali.